''...C'est en survolant l'Autriche que nous avons connu notre deuxième incident. Nous volions vers Munich quand soudain, l'un des deux moteurs s'est arrêté. Le pilote et le copilote se sont affairés pour le faire repartir, sans succès. Ils ne semblaient pas trop inquiets. Le pilote, sans doute pour me rassurer, déclara qu'on pouvait parfaitement poursuivre notre vol avec un seul moteur et rejoindre Munich sans encombre. Il l'affirma avec une telle assurance que je me suis demandé pourquoi le constructeur de cet avion avait jugé utile de l'équiper de deux moteurs.
Quelques minutes plus tard, le deuxième moteur s'arrêta également. Je n'avais aucune compétence en matière de pilotage, mais j'ai compris que la situation devenait critique. Sur l'écran de l'altimètre je voyais défiler les chiffres à toute allure, indiquant la vitesse vertigineuse à laquelle nous perdions de l'altitude...''
''...Dès les premières nuits je fus surprise par des manifestations que je n'avais pas prévues. Sous le garage il y avait une boîte de nuit que D.... fréquentait régulièrement. Elle y rencontrait des garçons à qui elle faisait, moyennant tarif amical, les honneurs de sa couche. J'assistais incrédule, au défilé de ses amoureux payants. Il n'était pas prévu que nous soyons autant à partager cette chambre. Bien sûr elle était grande, mais quand même. Cette situation était gênante. D..... partageait mon point de vue. Elle fit appel à mon bon cœur et me demanda de m'absenter provisoirement pendant qu'elle était ''occupée''. Elle avait besoin d'intimité, ma présence la gênait dans ses ébats tarifés... On ne pouvait poursuivre notre cohabitation sur ces bases, à plus forte raison qu'il m'arriva, certaines nuits, d'avoir à me défendre des assiduités de certains visiteurs. Ils devaient penser que, partageant la chambre de D...., je proposais le même service...''
''...Au bout d'un temps qui m'a semblé très long, dans la soirée on m'a fait monter dans la camionnette de l'établissement. Direction la maternité. Là, je me suis retrouvée dans une pièce, seule, dans le noir, sans la moindre explication. A mes questions, un seul mot revenait comme un leitmotiv : Attendre. Attendre. Mais attendre quoi ? Attendre combien de temps ? Les contractions se faisaient plus fréquentes, surtout plus douloureuses. Je paniquais de plus en plus. J'ai crié pour faire venir quelqu'un, pour qu'on s'occupe de moi. Une infirmière est arrivée. Elle m'a dit de respirer. Respirer ? Ben oui, respirer, comme on vous a appris... Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire. Personne ne m'avait appris à respirer. Je ne savais même pas que ça pouvait s'apprendre. Elle m'a injuriée parce que je ne savais pas faire. Elle est repartie. A nouveau seule. Une infirmière passait de temps en temps pour vérifier l'état d'avancement du ''travail''... Ouverture de la taille d'une pièce de cinq francs... Vous avez le temps.
Le temps de quoi ? Combien de temps ? Jamais de réponse. Attendre et me taire...'' ''...J'avais aussi été très étonnée, et je le suis toujours, en découvrant que mon père avait appris le métier d'électricien. Aujourd'hui encore je m'interroge sur cet apprentissage. Quelles raisons avaient poussé mon père à apprendre cette spécialité pour laquelle il ne manifestait aucun intérêt particulier ? De plus, les revenus de sa famille le mettaient à l'abri du besoin et ne lui imposaient aucunement d'avoir à exercer cette profession, ou n'importe quelle autre, pour assurer sa subsistance. Toujours est-il qu'il l'avait apprise, et qu'il en fit profiter les fermes autour de P...... dans lesquelles il réalisa bon nombre d'installations électriques. Il refusait de se faire payer. Pour ne pas être redevables, les paysans qui avaient bénéficié des services de mon père, quand ils tuaient le cochon, nous apportaient des rouelles ou d'autres morceaux. Il est amusant de noter que si mon père allait installer l'électricité chez les autres, il ne lui vint pas à l'idée de le faire chez nous. Nous nous éclairions toujours à la flamme de lampes à pétrole...''
''... Tu avais à peine trois ans et tu avais trouvé le moyen de t'enfermer dans les W.C. Tu avais eu la force de fermer le loquet, mais bien sûr tu ne réussissais pas à le tourner dans l'autre sens pour l'ouvrir. Je me forçais à rester calme en t'expliquant comment faire pour y parvenir, mais sans résultat. Je me suis demandé si tu y mettais vraiment du tien, la situation ne semblait pas te déplaire. Je t'entendais répéter ''encore une aut'... encore une aut'...'', et je me demandais ce que pouvait bien signifier ce ''encore une aut'...'' qui m'inquiétait autant que de te savoir enfermé. (...) Quand les pompiers ont ouvert la porte, j'ai compris le ''encore une aut...'', munie d'une cuiller, tu buvais l'eau des W.C. Quelle horreur ! Si je n'avais pas craint de t'empoisonner, je t'aurais bien fait avaler de l'eau de Javel pour te nettoyer l'intérieur...''
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